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# Arabie saoudite - La puissance d'agencement
- URL: https://www.niruga.eu/arabie-saoudite-la-puissance-dagencement/
- Published: 2026-10-30T16:58:01.000Z
- Updated: 2026-11-02T12:38:22.000Z
- Description: Entre Washington et Pékin, l'Arabie saoudite mobilise pétrole, capitaux, diplomatie et technologies pour élargir sa place dans l'économie mondiale. Une stratégie confrontée à l'épreuve de sa réalisation.
- Author: Agnès Boschet
- Tags: Arabie saoudite, Géopolitique, Energie, Stratégie industrielle, Dossiers

Du pétrole aux jeux vidéo, du calcul à la monnaie, l’Arabie saoudite ne cherche plus seulement à diversifier ses revenus. Elle multiplie les investissements et les partenariats pour consolider sa place dans l’économie mondiale. Depuis 2022, la concurrence entre Washington et Pékin éclaire davantage cette trajectoire. Mais les projets, les alliances et les ambitions financières doivent encore résister à l’épreuve de leur réalisation.

### **Le pétrole change de rôle, sans perdre sa place**

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la puissance saoudienne s’est appuyée sur les recettes pétrolières, l’influence diplomatique qu’elles procuraient et le rôle central du royaume dans les équilibres énergétiques. Avec l'objectif *Vision 2030*, Riyad a pour objectif d'élargir ses perspectives économiques via des industries, des services, des compétences, des infrastructures et des activités susceptibles de prospérer au-delà du pétrole.   
Les tensions régionales rendent néanmoins cette ambition plus délicate. La capacité de produire ne garantit pas la possibilité de livrer à un coût et dans des délais acceptables. Les routes maritimes, la sécurité des installations, les débouchés commerciaux et les finances publiques pèsent sur la transformation du royaume. Le pétrole demeure donc à la fois le principal atout saoudien et l’une des conditions de réussite des investissements qui doivent préparer l’après-pétrole.

### Le PIF : après les acquisitions, l’épreuve des résultat

Le *Public Investment Fund* (PIF) est au centre de cette transformation. Son portefeuille, qui dépasse les centaines de milliards de dollars, lui permet de prendre des participations, d’attirer des partenaires étrangers et de soutenir de nouveaux secteurs. Mais la taille du fonds ne dit pas, à elle seule, ce que ses investissements produisent dans l’économie saoudienne.  
L’inflexion annoncée dans sa stratégie 2026–2030 donne une importance accrue à la sélection des projets, aux rendements, à l’efficacité du capital et à la participation du secteur privé. Après la visibilité des grands chantiers, Riyad doit démontrer que les activités financées peuvent fonctionner, recruter, exporter et générer des recettes. Les projets emblématiques restent politiquement importants ; leur valeur économique dépendra davantage de leurs résultats mesurables.

### Décembre 2022 : Riyad accueille un tournant régional

La visite de Xi Jinping à Riyad en décembre 2022 ne se résume pas à une rencontre bilatérale. Le sommet Chine–Conseil de coopération du Golfe rassemble les monarchies de la région autour d’un agenda énergétique, commercial et financier. Xi y propose notamment de recourir à la place de Shanghai pour développer les règlements pétroliers et gaziers en renminbi. La proposition s’adresse à l’ensemble du CCG ; elle ne constitue pas un accord imposant à l’Arabie saoudite de facturer son pétrole en monnaie chinoise.  
Les mois suivants montrent néanmoins que cette orientation n’est pas restée entièrement théorique. Dès 2023, des opérations internationales de GNL d’origine émiratie sont réglées en renminbi sur la plateforme de Shanghai. Le Qatar et les Émirats renforcent leurs mécanismes financiers avec Pékin, tandis que la Chine et l’Arabie saoudite concluent un accord de swap monétaire en novembre 2023\. Ces initiatives élargissent les possibilités de règlement et de financement, sans démontrer un basculement général des exportations saoudiennes hors du dollar.  
La distinction compte d’autant plus que le riyal demeure arrimé au dollar américain. Pour Riyad, diversifier les circuits commerciaux ne revient pas à abandonner les avantages de cet ancrage. Une monnaie de facturation ne résout pas à elle seule les questions de liquidité, de conversion, de couverture des risques ou de réinvestissement des recettes. Le mouvement est réel ; son ampleur et ses effets doivent être appréciés à partir des opérations effectivement réalisées. 

### Pékin entre dans la diplomatie régionale, Washington reste incontournable

En mars 2023, la Chine accueille les négociations qui débouchent sur l’annonce du rétablissement des relations diplomatiques entre l’Iran et l’Arabie saoudite. L’accord prolonge des discussions antérieures facilitées par l’Irak et Oman ; Pékin n’en est donc pas l’unique artisan. Mais l’événement marque une étape : la Chine, partenaire énergétique majeur du Golfe, acquiert une visibilité nouvelle dans la diplomatie régionale. Les échanges diplomatiques de 2026 s’inscrivent dans cette histoire plutôt qu’ils ne l’inaugurent.  
Washington n’est pas resté absent de cette recomposition. Dès décembre 2022, les responsables américains affirment ne pas demander aux partenaires du Golfe de choisir entre les États-Unis et la Chine. En septembre 2023, Washington annonce avec l’Inde, l’Arabie saoudite, les Émirats et plusieurs partenaires européens le projet de corridor Inde–Moyen-Orient–Europe, ou IMEC. Le projet associe transports, liaisons énergétiques et connexions numériques ; son annonce ne vaut pas réalisation complète. Il illustre toutefois la volonté américaine de proposer d’autres perspectives de commerce et de connectivité.  
En 2025, les initiatives américaines prennent une dimension financière, industrielle et technologique plus affirmée. Les accords et engagements annoncés avec Riyad, Doha et Abou Dhabi associent investissements, défense, énergie et intelligence artificielle. Le plan américain pour l’IA de juillet 2025 et le décret sur l’exportation de solutions technologiques complètes montrent que Washington entend également développer l’adoption internationale de ses matériels, modèles, logiciels et standards. Les montants annoncés doivent rester distincts des dépenses réalisées et des capacités effectivement livrées.  
L’Arabie saoudite conserve ainsi deux relations majeures qui ne remplissent pas les mêmes rôles. Les États-Unis demeurent essentiels pour la défense, les technologies et les marchés financiers ; la Chine est un partenaire énergétique et commercial de premier plan, ainsi qu’un interlocuteur diplomatique sur les crises régionales. Leur coexistence offre des possibilités, mais crée aussi des tensions lorsque les intérêts des grandes puissances divergent. La position saoudienne ne se comprend pas comme une simple substitution de Pékin à Washington.

### La question israélo-palestinienne limite les rapprochements

Le royaume n’a pas établi de relations diplomatiques avec Israël. Les discussions de normalisation menées avec l’appui des États-Unis avant octobre 2023 ont été bouleversées par la guerre à Gaza. Riyad a réaffirmé que la reconnaissance d’un État palestinien constituait une condition de normalisation. Cette position pèse sur les projets régionaux, notamment lorsqu’ils supposent des coopérations politiques ou des corridors passant par Israël. Elle rappelle que les ambitions économiques ne se déploient pas indépendamment des équilibres diplomatiques et des conflits.

### Jeux vidéo : entrer dans les marchés mondiaux

Dans le divertissement interactif, *Savvy Games Group,* contrôlé par le PIF, a acquis *Scopely* pour 4,9 milliards de dollars en 2023\. L’opération donne accès à des équipes, des franchises, des capacités de développement et des relations commerciales déjà établies. Les investissements saoudiens dans le jeu vidéo témoignent d’une ambition qui dépasse le seul marché domestique : ils concernent aussi les marques, les publics internationaux et les industries culturelles.  
L’évolution des participations saoudiennes dans de grands éditeurs mondiaux, dont *Electronic Arts*, renforce cet enjeu. Toutefois, détenir une participation ou contrôler une entreprise étrangère ne signifie pas automatiquement transférer les compétences, les créations et les emplois en Arabie saoudite. L’impact industriel local doit être apprécié à partir des implantations, des équipes, des productions et des résultats observables.

### IA : l’énergie peut-elle devenir une activité de calcul ?

Avec *HUMAIN* et plusieurs projets de centres de données, Riyad cherche à prendre position dans les services d’intelligence artificielle et les infrastructures numériques. Les annonces concernant *Oxagon*, *DataVolt* et de futurs partenaires internationaux signalent la volonté de mobiliser énergie, terrains, équipements et capitaux autour d’une nouvelle activité. Les capacités prévues en mégawatts, les accords préliminaires et les chantiers lancés ne doivent cependant pas être assimilés à des installations intégralement raccordées ou à des revenus déjà réalisés.  
La compétition mondiale renforce l’intérêt de ces projets. En 2025, les États-Unis ont explicitement associé leur politique de l’IA à la disponibilité électrique et à l’exportation de systèmes technologiques complets. La Chine, de son côté, organise dans ses plans publics la coordination entre énergie, calcul, données et usages industriels. Pour l’Arabie saoudite, la question devient concrète : quelle place pourra-t-elle occuper dans cette économie, au-delà de la seule fourniture d’énergie ? Les réponses dépendront des équipements, des compétences, des contrats et de la demande réellement obtenus.

### NEOM : ajuster les ambitions à leur réalisation

Les révisions intervenues dans les grands projets de *NEOM*, notamment autour de *The Line*, témoignent de contraintes de coûts, de financement et de délais apparues avant les tensions régionales les plus récentes. Il serait donc trompeur d’en attribuer les ajustements à une crise unique. La priorité accrue accordée à certains projets industriels, énergétiques ou numériques peut répondre à la recherche de réalisations plus directement exploitables.  
Réorienter un investissement ne fait toutefois pas disparaître les dépenses déjà engagées, les engagements contractuels ou les attentes des partenaires. La question n’est plus seulement celle de l’ambition affichée, mais de la capacité à obtenir des résultats tout en préservant la crédibilité financière et industrielle du royaume.

### Conclusion — Une position à faire fructifier

L’Arabie saoudite dispose d’atouts considérables : ressources pétrolières, capitaux, accès aux marchés, position géographique et partenariats internationaux. Depuis 2022, les initiatives chinoises dans le Golfe et les réponses américaines ont rendu cet environnement plus dense. Riyad n’a pas choisi de s’inscrire dans un seul ensemble ; il cherche à développer ses activités en maintenant ouvertes plusieurs relations dont il tire des avantages différents.

  
La réussite de cette stratégie se jugera moins au nombre d’accords signés qu’à ce qu’ils permettront effectivement de produire. Des studios acquis à l’étranger aux centres de données annoncés, des corridors envisagés aux accords financiers, la même question demeure : quelles activités pourront durablement créer de la valeur pour le royaume, malgré les contraintes de sécurité, de financement et d’exécution ? La puissance d’agencement se vérifie finalement dans la durée.

### **Sources et références**

- **Chine–Conseil de coopération du Golfe**, 9 décembre 2022 — Discours de Xi Jinping au premier sommet Chine–CCG, coopération énergétique et règlements en renminbi. [Ministère chinois des Affaires étrangères](https://www.mfa.gov.cn/eng/zy/jj/2022/xjpcxfh/202212/t20221210%5F10988406.html?ref=niruga.eu).
- **Arabie saoudite–Iran–Chine**, 10 mars 2023 — Déclaration tripartite sur le rétablissement des relations diplomatiques. [Saudi Press Agency](https://www.spa.gov.sa/en/ed7aabfefaw?ref=niruga.eu).
- **Public Investment Fund** — Rapports annuels et données financières, notamment pour les investissements et la diversification économique. [PIF — Annual Reports](https://www.pif.gov.sa/en/investors/annual-reports/?ref=niruga.eu).
- **Maison-Blanche**, 13 mai 2025 — Accords et engagements d’investissement entre les États-Unis et l’Arabie saoudite. [Communiqué officiel](https://www.whitehouse.gov/fact-sheets/2025/05/fact-sheet-president-donald-j-trump-secures-historic-600-billion-investment-commitment-in-saudi-arabia/?ref=niruga.eu).
- **Maison-Blanche**, 18 novembre 2025 — Renforcement des partenariats économiques, financiers, technologiques et de défense avec Riyad. [Communiqué officiel](https://www.whitehouse.gov/fact-sheets/2025/11/fact-sheet-president-donald-j-trump-solidifies-economic-and-defense-partnership-with-the-kingdom-of-saudi-arabia/?ref=niruga.eu).
- **Maison-Blanche**, 23 juillet 2025 — Décret sur l’exportation de systèmes américains d’intelligence artificielle. [Texte officiel](https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/07/promoting-the-export-of-the-american-ai-technology-stack/?ref=niruga.eu).